Tammara Thibeault: “Le végétarisme peut faire évoluer la boxe”

July 27, 2021 Blog, boxe, Chroniques

Entrevue avec Tammara Thibeault, espoir de la boxe féminine du Canada aux Jeux olympiques de Tokyo.

Suite au couronnement du premier champion de boxe végétarien du noble art, Lawrence Okolie qui remporta le titre vacant de la WBO des lourds-légers le 21 mars dernier, il est permis d’appréhender un vent de changement concernant l’alimentation des boxeuses et boxeurs à travers le monde. On a souvent associé la viande à la puissance et l’énergie pour soutenir un mode de vie et un entraînement quand on pense aux athlètes. Cependant, une de nos espoirs de la boxe féminie, Tammara Thibeault veut prouver le contraire. Débutant la boxe à l’âge de 9 ans, Tammara a évolué rapidement pour remporter l’or aux jeux panaméricains de 2017 dans sa toute première compétition internationale le bronze aux championnats mondiaux en 2019 et à ses yeux et son ambition rivés sur le podium aux jeux olympiques de Tokyo

C’est un honneur et un privilège de vous présenter la talentueuse boxeuse gauchère, Tammara Thibeault.

Jeff Jeffrey: Bonjour Tammara! Comment la passion pour la boxe t’a piquée?

Tammara Thibeault: C’est surtout à cause de mon père, Patrick Thibeault, un joueur de football qui a joué pour les Rough Riders de la Saskatchewan et les Blue Bombers de Winnipeg, comme receveur de passes. À 21 ans, mes parents avaient déjà 3 enfants et ne voulaient pas se limiter seulement au Québec. On a voyagé partout. Mon père a également joué pour les Saint Mary’s Huskies d’Halifax en Nouvelle-Écosse, où il a gagné la coupe Vanier. Il était tellement rapide, c’était inspirant de le voir.

Début des années 2000, mon père s’adonnait à la boxe durant la saison morte de football pour se garder en forme. Il a apporté mon frère avant moi et j’ai suivi car c’était un beau moment que je passais avec lui. Il m’a montré la persévérance et l’humilité.

Jeff Jeffrey: Quelles ont été tes influences qui t’ont permis d’accrocher et de définitivement te lancer dans la compétition?

TT: J’ai été chanceuse, car j’ai été entourée de femmes quand j’ai commencé ma carrière comme Tammy De Laforest. Je sais que ce n’était pas facile pour les femmes durant ces années, mais je ne me suis jamais sentie exclus. Avec ma boxe, je suis des études en urbanisme et une mineure en espagnol pour m’ouvrir des portes.

J’ai hérité de l’esprit de compétition de mon père, donc ma transition à la compétition s’est faite naturellement. Mon père a été champion canadien chez les amateurs, c’est un super athlète.

JJ: En 2012, le comité olympique accepte la participation des femmes aux olympiques, une grande démocratisation en soit. Comment as-tu accueillie ce changement?

TT: C’est vraiment une bonne nouvelle pour l’égalité avec les hommes et pour notre crédibilité pour nous les femmes dans cette discipline. C’est là que je me suis dit, j’y vais! Je ne sais pas comment encore, mais je vais me rendre aux olympiques et je veux avoir la médaille d’or. De plus, voir mon père en action dans le ring a été une grande source de motivation.

JJ: Quels sont tes meilleurs souvenirs en compétition?

TT: J’ai environ une soixantaine de combats et mon plus gros accomplissement est ma médaille de bronze en championnat du monde 2019 à Oulan-Oude en Russie. Mon meilleur moment est mon premier tournoi que sur avec l’équipe nationale en 2017 à mon premier championnat continental où j’ai remporté la médaille d’or aux jeux panaméricains de l’AMBC. C’était le début de l’aventure pour moi.

JJ: En parallèle avec ton rêve olympique, quels sont tes projets dans la vie?

TT: Je veux terminer mon université et je veux gagner la médaillée. Je suis tellement concentrée sur mon objectif. Suite à cela, je souhaite me rendre aux jeux olympiques de 2024 à Paris. 

JJ: Est-ce que tu aimerais faire le saut chez les professionnelles, comme Claressa Shields, Katie Taylor et plusieurs autres?

TT: Peut-être. On verra en temps et lieu. Pour l’instant je suis concentrée sur Tokyo.

JJ: Est-ce que les succès de Marie-Ève Dicaire et Kim Clavel t’interpellent?

TT: Je trouve qu’elles font une excellente promotion de la boxe féminine chez les professionnelles et travaillent fort pour qu’on obtienne la reconnaissance qu’on mérite nous les femmes dans le noble art.

JJ: Crois-tu que les rounds de 3 minutes seront appliqués chez les femmes dans un avenir rapproché?

TT: Je l’espère! Comme aux olympiques présentement. Ça ferait des combats plus intéressant et technique chez les professionnelles.

JJ: Nous avons vu que c’est possible de performer en boxe en étant végétarien avec Okolie plus tôt cette année qui a été couronné premier champion végétarien de l’histoire de la boxe. Tu es toi-même végétarienne. En quoi le végétarisme t’aide pour ta carrière?

TT: On peut certainement performer dans cette discipline en étant végétarien. Il faut briser le mythe que protéine veut dire viandes et force. Je mange de manière variée tout en étant végétarienne et je vais facilement chercher mes protéines et mon énergie. Je le suis depuis 2018. Ça m’aide à stabiliser mon poids pour les compétitions.

JJ: Où vas-tu chercher ce que tu as de besoin pour faire des repas variés?

TT: Je vais chez ShopVegii. Tout est accessible et abordable là-bas. C’est de la nourriture que tout le monde aime et reconnaisse comme du tofu, du beyond meat, des pâtes, pleins de légumes, fromages. C’est une plateforme que tu peux aller chercher tous tes aliments végétaliens. On peut commander en ligne facilement.

On pense beaucoup à la boxe que le mode de vie végétarien va te rattraper dans un combat, qu’on va manquer d’énergie. Il n’y a rien de plus faux. Dans le fond, l’énergie, c’est du glucose, qui est du sucre, qui sont des glucides. Quand tu n’as plus de sucre, ton corps va changer ton gras en glucose. Donc, il faut seulement bien manger pour ne pas manquer d’énergie. J’ai été encadré par une nutritionniste pour bien faire la transition.

Pour moi, c’est une façon écologique de vivre. Les animaux sont souvent maltraités où élevés avec un apport en stéroïdes et autres choses que je ne veux pas dans mon système.

JJ : Qu’est-ce que la boxe féminine a besoin pour progresser davantage ?

TT : De la visibilité et les rounds de 3 minutes pour être égaux avec les hommes. Il faut que les femmes participent plus à de gros évènements. Avec les femmes qui performent aux olympiques et qui feront la transition chez les pros, ça va ajouter de la valeur.

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