Par Jeff Jeffrey – Motel Balado (Youtube) – La Chambre de Bataille @Jeffreyboxe

C’est jeudi soir au Casino de Montréal qu’Albert Ramirez (23-0, 19 ko’s) défendait sa position intérimaire WBA contre le britannique, Leronne Richards (19-2, 4 ko’s). Un frisson m’habite juste à l’écriture des fiches les plus récentes de ces deux boxeurs, car elles ne reflètent pas la réalité, loin de là. Dans une soirée qui fut sans faille pour Eye of The Tiger Management, le verdict du combat final était sans contredit le vol de l’année. Albert Ramirez se sauvait avec une victoire qu’il ne méritait aucunement.
Cet avis est partagé par la grande communauté de la boxe, Boxingscene et des fans qui ont fustigé DAZN sur les réseaux sociaux dénonçant cette abomination. Le choc demeure et il pourrait hanter EOTTM, le Québec et le reste du pays, comme l’Allemagne avant nous. La réputation de notre boxe est désormais en jeux.
Un manque de compétitivité
Tout d’abord, on donnait aucune chance à Lerrone Richards de l’emporter et encore peu de donner une opposition sérieuse à la redoutable puissance de Ramirez. Après tout, le boxeur britannique n’a pas de victoire contre de solides oppositions chez les mi-lourds. C’est chez les super moyens que Richards était un aspirant redouté. Il avait remporté les titres du British Boxing Board of Control, de l’empire britannique, d’Europe et de l’IBO des 168 livres. Il fut bizarrement classé 6e chez les 175 livres à la WBA suite à une victoire sur Dylan Courtney (2-31-2, 1 ko). Mais on ne pouvait pas mesurer la détermination du boxeur anglais.
Le combat
Surnommé Sniper The Boss, Lerrone Richards a immédiatement pris le contrôle du duel avec un jab consistant d’une précision chirurgicale. Ses déplacements et mouvements défensifs faisaient de lui une cible beaucoup trop difficile à trouver pour Ramirez qui s’est résolu à la frustration après 5 rounds. En effet, le boxeur vénézuélien a commencé à pousser et retenir, ce qui est illégal. Tout ça en l’absence d’offensive efficace avec aucun plan B en place. À aucun moment, Albert Ramirez n’est arrivé à toucher en combinaison sur son rival, mise à part le début du 12e et dernier round, le seul round dans le doute que je lui ai attribué.
Les cartes des juges, la réalité et les décisions douteuses
Dans les récentes années, plusieurs décisions controversées sont survenues chez Eye of the Tiger;
1- Erik Bazinyan/Shakeel Phinn
2- Vanessa Lepage-Joanisse/Abril Argentina Vidal
3- Alexandre Gaumont/Santiago Jose Fernandez
4- Luis Santana/Pedro Manuel Gomes
5- Thomas Chabot/Jonathan Jesus Carillo Baranda
6- Shamil Khataev/Ramadan Hiseni
7- Mary Spencer/Naomi Mannes
8- Albert Ramirez/Lerrone Richards
À l’annonce de la décision partagée 115-113,115-113 et 112-116 en faveur du boxeur local, des huées se sont fait entendre, ce qui évoque la réaction du peuple allemand envers Markus Beyer lorsque qu’on a soutiré une victoire certaine à Éric Lucas en 2003 . Ce dernier semblait gêné de cette fâcheuse situation. Les gens savent que Lerrone Richards a aisément remporter ce duel. J’avais 119-109 pour le pugiliste britannique, le même score que les fans ont attribué au combat sur Boxrec. D’ailleurs, les réactions dans ce sens furent vives et unanimes sur les réseaux sociaux, experts et divers sites spécialisés. On parle même du vol de l’année.
Les conséquences

Elles pourraient s’avérer néfastes. Si on revient il y a quelques années à peine, l’Empire Allemand en matière de boxe a éventuellement chuté par une simple cause, les décisions controversées remises en majorité aux boxeurs de Wilfred Sauerland. Sven Ottke, Henry Maske, Christina Hammer, Rico Muller, Arthur Abraham, Zsolt Erdei et Markus Beyer ont tous bénéficié de victoires aucunement méritées. À un point tel que Roy Jones Jr, Steve Collins, Joe Calzaghe, Carl Froch et autres vedettes refusaient de mettre les pieds en Allemagne. Résultat; la popularité de la boxe germanique a dramatiquement décliné. Il était devenu beaucoup trop difficile d’attirer des noms notables dû à la grande possibilité de se faire voler.
À présent, le Québec et par extension le reste du pays pourraient s’isoler de la même façon. Le mot est déjà passer en Europe, lieu où j’entretiens de nombreuses amitiés, notamment en Irlande et Angleterre. Plusieurs boxeurs et fans véhiculent le message ne pas venir performer dans un ring de boxe au Canada.
Cette situation doit changer rapidement. Nous avons d’excellents boxeurs et boxeuses dans la belle province, dont Christian Mbilli, Jhon Orobio, Kim Clavel, etc. Mais l’obsession de la fiche parfaite par les promotions est un modèle d’affaires toxique. Il faut absolument préconiser une progression intelligente pour nos athlètes afin de les préparer adéquatement à défier l’élite du noble art que ce soit ici comme ailleurs dans le monde.
Car la manière dont Albert Ramirez est demeuré invaincu jeudi soir donne, à mon sens, un faux sentiment d’accomplissement pour un boxeur.

