Par Jeff Jeffrey

C’est samedi le 15 août que Caroline Veyre (11-2, 0 ko) perdait sa couronne WBC des super plumes face à Bernice Ferreira (11-0, 4 ko’s) par disqualification au 8e round en raison d’accrochage excessif. Un choc en soit car ce n’est une habitude de se faire retirer sa ceinture de cette manière. Toutefois, l’adjectif excessif demeure la meilleure façon de décrire la défaite de Caroline. Il est important de souligner qu’il est illégal de retenir son adversaire, même si on tolère cette pratique, il est clair que l’arbitre Malik Waleed avait l’intention d’appliquer le règlement à la lettre.
Bien que la rareté de cet évènement est à souligner, il est arriver dans le passé des champions qui ont perdu leurs titres par DQ. En 1930, Jack Sharkey perd le titre des lourds par disqualification face à Max Schmeling. En 1994, Terry Norris est dépouillé de la couronne WBC des 154 livres contre Luis Santana. Le même sort survient à Roy Jones Jr aux mains de Montell Griffin en 1997.
Il est nécessaire d’expliquer l’origine cette décision qui semble précipiter. Dans les faits, cette disqualification est justifiée. Caroline Veyre a remporté ce titre vacant dans la disgrâce et sous les huées le 10 février dernier face à Delfine Persoon. Dans le pire combat de l’année à la boxe féminine jusqu’à maintenant, les deux boxeuses ont été pénalisées deux points chacune.
Comptant au-delà de 80 étreintes, dont quelques tentatives de projection au sol de la part de Veyre , Persoon réagi mal et s’est fait enlever deux points pour coups en arrière de la tête. L’arbitre a sévi dans le cas de pugiliste native de France alors qu’elle aurait dû subir la disqualification aux yeux des observateurs. Il faut boxer pour triompher et non lutter, retenir, pousser et projeter son ou sa rivale au sol. Personne ne devrait devenir champion de boxe par ces tactiques illégales et déshonorantes, il ne s’agit pas d’arts martiaux mixtes. L’arbitre Benjamin Rodriguez avait pourtant averti Veyre à de multiples reprises, mais s’est abstenu de la disqualifier.
À son crédit, Caroline a beaucoup travaillé sur ce problème avant de se mesurer à Ferreira. L’accrochage excessif n’allait pas être un facteur à la première défense de sa couronne. Du moins, c’est ce qu’on croyait. L’arbitre a également averti Veyre de ne pas agir de la sorte dans le vestiaire avant le duel et d’agir proprement lors du face à face entre les deux pugilistes quelques secondes avant la cloche.
La disqualification n’est pas une décision sortie de nul part, loin de là.
Tout ce déroulait sans histoire dans les premiers instants. Ferreira remportait le round d’ouverture et Caroline le suivant et la troisième reprise avec ses déplacements et d’excellents jabs. C’est à ce moment que les choses se sont compliqués. Veyre retombait dans son excessivité à l’accrochage que l’on constatait dans le passé dans ses duels avec Emma Gongora, Joana Chavarria Lopez où on lui retirait un point pour cette raison, Licia Bourdesa pour de nombreuses étreintes et coups de tête et Delfine Persoon.
Suite à 5 avertissements, on retirait un point pour avoir retenu au 4e round. Comme Andrew Golota à ses deux batailles contre Riddick Bowe en 1996, Caroline n’arrivait pas à s’en empêcher et perdait à nouveau tout contrôle de ses émotions jusqu’à une autre déduction pour accrochage au 7e round après 17 avertissements. De plus, l’arbitre servait une sévère réprimande à l’entraîneur de Veyre, Samuel Décarie-Drolet afin qu’il puisse ramener sa boxeuse à l’ordre juste avant le round fatidique.
En raison de ce comportement répété et soutenu au 8e round, la patience de Malik Waleed avait atteint son paroxysme lorsqu’il disqualifiait Caroline Veyre. Une décision fatale, mais malheureusement méritée. Devant cette humiliation, Veyre perdait son titre. Était-ce de la nervosité, de l’anxiété de sa part? On peut comprendre son inaptitude à se battre de l’intérieur. Cependant, il est évident que quelque chose ne va pas.
Il arrive qu’on développe de mauvaises habitudes et si elles ne sont pas corrigées à l’émergence du problème, on les perfectionne. Compte tenu de cette complication qui a dominé les 2 derniers combats de Caroline, il sera certainement difficile pour son promoteur, Dmitry Salita de convaincre le monde de la boxe de la pertinence d’assister à son prochain duel. Partant de ce triste résultat, comment convaincre les fans du noble art que Caroline est une attraction?
L’ex-champion des lourds, John Ruiz a été qualifié de pieuvre pour le reste de sa carrière suite à sa brutale défaite par KO en 19 secondes face à David Tua en 1996. En espérant que Veyre corrige ce défaut au plus vite avant que l’étiquette colle.

